La Vitamine D

Le grand public ne connaît pratiquement rien de la vitamine D, une substance pourtant indispensable pour la santé. (1er janvier 2010) 

 

Entretien avec le professeur Reinhold Vieth

 

La vitamine D attire de plus en plus l’attention des médias, avec des gros titres détaillant à la fois ses effets miraculeux dans la prévention et le traitement de tout un éventail de maladies chroniques, ou soulevant des questions quant à sa toxicité possible. Ces médias ont lancé un débat général entre scientifiques et responsables des politiques sanitaires à propos des limites supérieures de sécurité de la supplémentation en vitamine D, débat toujours d’actualité.

Selon le « Conseil de la vitamine D » basé en Californie (réuni par un groupe de professionnels de santé afin d’informer le public sur les effets bénéfiques pour la santé de la vitamine D) : « Les recherches actuelles ont impliqué une déficience en vitamine D comme un facteur majeur dans la pathologie d’au moins 17 variétés de cancers, ainsi que dans des maladies cardiaques, l’accident vasculaire cérébral, l’hypertension, des maladies auto-immunes, le diabète, la dépression, la douleur chronique, l’ostéoarthrite, l’ostéoporose, la faiblesse musculaire, la fonte musculaire, des défauts congénitaux, la maladie parodontale et d’autres encore ! »

Les liens entre de faibles niveaux de vitamine D et la maladie auto-immune, la sclérose en plaque, sont bien établis. Cependant, une récente étude conduite en Tasmanie (par le professeur Bruce Taylor, Menzies’ Institute, Hobart) a trouvé les premières indications que la vitamine D pourrait en fait soulager les symptômes de la maladie ainsi que peut-être prévenir les rechutes. De plus, pour citer quelques résultats qui apparaissent : des recherches indiquent que la vitamine D pourrait être un outil supplémentaire dans la lutte contre le cancer ; des études sont actuellement en cours sur des liens possibles entre une déficience en vitamine D et l’autisme ; davantage d’actualité pour la saison, une étude publiée aux États-Unis en début d’année par The Archives of Internal Medicine a montré que les personnes ayant de faibles niveaux de vitamine D étaient plus sensibles aux infections respiratoires. 

Le professeur Reinhold Vieth, PhD, est l’un des plus grands spécialistes mondiaux de la vitamine D. Le professeur Vieth est très publié et très coté. Nutra News a pris contact avec lui pour discuter des développements actuels. 

 

Vous êtes l’un des premiers experts au monde de la vitamine D. Qu’est-ce qui vous a conduit à cette spécialisation ?

Pr Reinhold Vieth : Comme tout un chacun, un certain nombre de choses m’ont entraîné vers elle. Je suis dans la recherche depuis mes études de troisième cycle. Je suis un chercheur de base, un chimiste clinique. Mon PhD est en physiologie et endocrinologie. Avec les années, je suis passé de la recherche animale à la nutrition clinique. C’est au milieu des années 1990, au cours de mes travaux de recherche, que j’ai réalisé que personne n’avait réellement « pris en main » la vitamine D. 

La vitamine D est en fait la première vitamine qui a été identifiée. Au cours de la fin du xviiie siècle et au début du xixe, l’utilisation d’études de privation a permis aux chercheurs d’isoler et d’identifier un certain nombre de vitamines. À l’origine, un composant liposoluble provenant de l’huile de poisson (qui était dégradé par les rayons ultraviolets) était utilisé pour guérir le rachitisme chez les rats et était connu comme « l’antirachique A ». Initialement, il se rapportait à la fois aux vitamines A et D jusqu’à ce que d’autres recherches isolent l’activité antirachitique de la vitamine D. 

Dès les années 1920, nous savions que l’huile de foie de morue (qui contient plus de vitamine A et de vitamine D par unité de poids que n’importe quel autre aliment courant) prévenait le rachitisme et était importante pour la croissance osseuse et le développement de l’enfant, mais en dehors de cela, l’attitude générale face à la vitamine D était presque passive – comme un conte de fée scientifique qui se promulguait lui-même. C’est l’une des substances les plus vitales pour la santé globale, mais le grand public ne sait pratiquement rien sur elle. Par exemple, le Royaume-Uni et la France ont quelques merveilleux chercheurs qui travaillent dans ce domaine mais, pour je ne sais quelles raisons, leurs découvertes n’atteignent jamais le grand public. C’est comme s’il y avait une déconnexion entre la science et la vie quotidienne. 

 

Mais outre l’absence d’information sur les bénéfices pour la santé de la vitamine D, les idées fausses sont nombreuses sur la vitamine elle-même. Pourquoi est-elle appelée une hormone plutôt qu’une vitamine ? 

Pr Reinhold Vieth : Il est totalement inapproprié de l’appeler une hormone. C’est comme si l’on appelait le cholestérol une hormone. Comme le cholestérol, la vitamine D une fois absorbée par l’organisme est convertie en une hormone, mais étant une « substance essentielle au fonctionnement cellulaire normal, à la croissance et au développement », la vitamine D remplit sans aucun doute les caractéristiques d’une véritable vitamine. 

 

Pour le profane, les informations disponibles sur la vitamine D semblent indiquer son implication dans pratiquement chaque processus de l’organisme de l’homme. Et son manque dans un large éventail de conditions et maladies ? Serait-il possible qu’elle soit à multiples facettes ? 

Pr Reinhold Vieth : Ce scepticisme est en fait très courant et compréhensible. Cependant, la réponse facile est : « Oui, elle est autant à multiples facettes qu’elle le paraît. » La vitamine D est absolument essentielle comme communicateur cellulaire dans différentes fonctions systémiques. Dans des termes plus simples, cela aide à imaginer que la molécule de vitamine D [25(OH)D] est absorbée par notre peau à partir du soleil comme une feuille de papier vierge, et cette feuille de papier vierge est « écrite » et utilisée pour convoyer des messages à travers le corps. Par exemple, dans les reins, la 25(OH)D est convertie en une hormone qui dit au corps d’absorber du calcium. Chez l’homme, la 25(OH)D est utilisée par la prostate pour donner l’ordre aux cellules de la prostate de ne pas proliférer. 

Priver le corps de vitamine D, c’est comme si une grande entreprise prenait la décision de réduire le papier. L’un des résultats peut être une défaillance de la communication entre départements. La vitamine D inactive est changée en une molécule qui délivre des messages entre les cellules dans l’organisme. De faibles niveaux de vitamine D, comme un faible approvisionnement en papier, ne garantissent pas que des problèmes vont survenir, mais augmentent la probabilité d’erreurs en raison d’une communication insuffisante. 

Un tel problème est l’ostéoporose et la faible densité osseuse. La vitamine D, combinée au calcium, a démontré à 100 % qu’elle réduit significativement le taux de fractures osseuses chez des personnes âgées de plus de 65 ans placées en institutions. La raison pour laquelle cela a été facilement démontré est que les événements (chutes, fractures) sont très faciles à suivre et que les adultes institutionnalisés (comme par exemple, les individus vivant dans des maisons de retraite) sont supervisés par des infirmières qui vérifient qu’ils prennent bien leurs pilules. Il y a peu de données sur ses effets chez les sujets plus jeunes parce que ces événements sont plus rares et nous laissent incapables de prouver adéquatement que la prise de vitamine D pour la santé des os devrait être augmentée pour les jeunes adultes également. 

Il y a cependant une réelle masse de preuves sur la vitamine D et ses effets bénéfiques généraux sur la santé qui s’accumule et devrait être mise sous les yeux du grand public. 

 

Pour quelles raisons ces preuves ne le sont-elles pas ? 

Pr Reinhold Vieth : Il y a un véritable barrage avec les responsables sanitaires. Ils demandent un niveau de preuves qu’il est quasiment impossible de fournir. C’est pour eux une question de risque personnel : a) il est simple et sans danger pour eux de dire « Ne faites pas » (comme : « Ne fumez pas, c’est mauvais pour vous ») mais beaucoup plus dur de dire « Faites » et b) ils ne veulent pas apparaître comme ayant commis une erreur dans le passé (ce qu’une révision radicale de la politique concernant la vitamine D indiquerait certainement). Il y a le risque que nous ne connaissons pas : les futurs inconvénients, s’il y en a, d’augmenter notre consommation de vitamine D. Lorsque rien n’est certain, il est plus simple pour eux de ne rien faire. Des efforts apparents ont été faits par les organismes gouvernementaux pour revoir la politique – conférences et ateliers ont été organisés à une échelle mondiale – mais, une à une, ces commissions ont confortablement conclu que le statut quo devrait demeurer. 

En décembre 2008, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Agence internationale de recherche sur le cancer (IARC) ont organisé une commission de 25 « experts » pour discuter de la vitamine D et du cancer (bien que l’on puisse démontrer que seul l’un d’entre eux était un véritable expert de la vitamine D). Les conclusions de cette commission ont été publiées dans un document de 460 pages qui, par son volume impressionnant, avait toute l’apparence d’être rigoureux, mais finalement était en fait très partial. La conclusion de ce document était qu’aucune preuve ne suggérait que des doses de 400 à 800 UI diminuaient le risque de cancer. Cela en dépit d’une étude (qui a été soumise à la commission mais clairement ignorée) conduite en 2007 par Joan Lappe, une scientifique de l’université de Creighton, qui a trouvé que des femmes prenant une dose de 1 100 UI de vitamine D et du calcium avaient expérimenté une réduction de 60 % de l’incidence de cancer. 

Il y a vraiment de quoi être scandalisé ! 

 

La carence en vitamine D a été baptisée « la condition médicale la plus courante dans le monde ». Si nous connaissons ce problème, pourquoi ne restons-nous pas au soleil pour être en meilleure santé ? 

Pr Reinhold Vieth : Ironiquement, la mise en garde affolante de se mettre à l’abri du soleil est en fait en train de nuire aux gens ! L’instruction de se couvrir ne tient pas compte de la couleur de peau, de la résistance individuelle aux UV, de l’index solaire et des variations saisonnières. En 15 à 20 minutes de soleil d’été, le corps peut absorber 10 000 UI de vitamine D. Dans la plupart des cas, 15 à 20 minutes ne provoqueront pas une modification de la couleur de la peau. 

 

La couleur de la peau, la distance de l’équateur, la saison, l’âge, la taille et le poids sont tous des variables entrant dans le calcul des besoins individuels de vitamine D. Face à autant de variables changeantes, de quelles façons les limites de sécurité statistiques définies par différents départements gouvernementaux de santé ont-elles pu en fait être atteintes ? 

Pr Reinhold Vieth : D’après une prospective statistique, les conclusions officielles concernant les niveaux « sûrs » de vitamine D me semblent avoir été obtenues par des devinettes ! Des facteurs incertains extrêmement malléables ont été lancés dans les calculs, qui ont fait revenir de façon fort opportune les conseils publics sur les consommations tolérables de vitamine D dans des limites qu’elles ont toujours eues, en dépit de nouvelles preuves indiquant que des doses plus élevées semblaient être sans danger. 

En 1961, le livre des apports quotidiens recommandés suggérait une consommation à risques pour les bébés à 2 000 UI. Il est logique que des consommations sûres pour des adultes soient 10 fois celles des bébés, mais les années passant, ces 2 000 UI définies pour les bébés se sont graduellement appliquées aux adultes. Et aujourd’hui même, ce niveau tolérable de 2 000 UI a été révisé à la baisse dans certains pays ; par exemple, le guide des niveaux sûrs en Grande-Bretagne est de 1 000 UI par jour et il est de 200 UI en France. Comme nous en avons discuté, toute tentative pour obtenir une révision a rencontré l’hésitation des responsables des politiques de santé à changer quoi que ce soit et la dépendance vis-à-vis de démonstrations basées sur des preuves à un niveau si élevé qu’il ne risque pas d’être jamais atteint. 

En utilisant des nanomoles par litre (nmol/l), le Royaume Uni regarde le niveau sérique de 25(OH)D de 25 nmol/l (10 ng/ml) comme adapté, mais cela dépend de ce que vous essayez d’atteindre. Pour éviter le rachitisme, 25 nmol/l c’est probablement très bien s’il y a une bonne consommation de calcium. Cependant, pour prévenir la maladie, les niveaux acceptables les plus bas devraient commencer quelque part entre 50 et 100 nmol/l, selon pour qui vous le demandez.

 

Pouvons-nous prendre nous-mêmes en charge ce problème par une supplémentation ? Est-il possible de nous faire du mal avec une supplémentation en vitamine D ? 

Pr Reinhold Vieth : Toute chose en excès est dangereuse, même l’oxygène. La vitamine D agit réellement, ce qui veut dire qu’un excès peut être dangereux. La vitamine D est utilisée comme poison pour des rats – 1 mg peut tuer un rat, mais 1 mg représente 40 000 UI de vitamine D. Le plus que l’organisme humain absorbe à partir de la lumière ultraviolette est 10 000 UI. 

Dehors, il y a des distributeurs bonimenteurs qui essaieront de vous vendre des doses quotidiennes de 50 000 UI. Mais comme dose quotidienne, c’est déraisonnablement élevé et peut conduire à des problèmes de toxicité. Ce sont des choses de cette nature qui discréditent l’efficacité de la vitamine D.

 

La vitamine D a un effet puissant sur le système immunitaire. Peut-elle nous aider à affronter le virus H1N1 ? 

Pr Reinhold Vieth : La plupart des décès par le H1N1 ont été attribués à des « risques de santé sous-jacents ». Par rapport à cela, je poserai la question : « Une déficience en vitamine D ne serait-elle pas un “problème de santé sous-jacent” ? » La vitamine D ne doit pas être considérée comme un remplacement du vaccin contre la grippe ; cependant, il est très possible qu’elle puisse aider les défenses générales de l’organisme contre les rhumes et les grippes.

Le Conseil de la vitamine D a dit, concernant la supplémentation en vitamine D : « Si vous vous exposez peu ou pas du tout au soleil, vous avez besoin de prendre au moins 5 000 UI par jour. La quantité dont vous avez besoin dépend de la latitude de votre résidence, de la pigmentation de la peau et du poids corporel. D’une façon générale, plus vous vivez loin de l’équateur, plus sombre est votre peau et/ou plus vous pesez, plus vous devrez en prendre pour maintenir des niveaux sanguins sains. » Par ex, le Dr Cannell (président du Conseil) vit à une latitude de 32 degrés, pèse 100 kg et a des cheveux clairs. À la fin de l’automne et en hiver, il prend 5 000 UI par jour. Au début de l’automne et au printemps, il prend 2 000 UI par jour. En été, il prend régulièrement des bains de soleil pendant quelques minutes presque tous les jours et ne prend donc pas de vitamine D ces jours-là en été. La seule façon de savoir combien de vitamine D vous devez prendre est de faire régulièrement des analyses de sang – connues sous le terme « 25(OH)D test » – et de regarder ce dont vous avez besoin pour conserver les niveaux autour de 50 ng/ml.

La vitamine D3 : des scientifiques appellent à élever à 10 000 UI sa limite supérieure de sécurité (1er octobre 2007) 

Depuis une dizaine d’années, de nombreuses études cliniques montrent que la consommation de doses appropriées de vitamine D pourrait avoir des effets bénéfiques encore beaucoup plus importants qu’on ne le pensait, bien au-delà de son implication dans la santé osseuse. Une accumulation de données provenant d’études épidémiologiques et d’essais cliniques suggère qu’une augmentation du statut en vitamine D diminuerait le risque de différents cancers. D’autres informations indiquent qu’elle aiderait à maintenir la force physique des personnes âgées et les protéger contre les chutes. Elle abaisserait également la prévalence des syndromes métaboliques. 

La vitamine D est une vitamine liposoluble que l’on trouve dans les aliments mais que l’organisme peut également fabriquer après une exposition aux rayons ultraviolets du soleil. Le rayonnement du soleil déclenche en effet la synthèse de la vitamine D dans une région profonde de la peau, à partir du déhydrocholestérol, le précurseur immédiat du cholestérol. 

La vitamine D existe sous une dizaine de variantes que l’on distingue par un indice numérique. Les vitamines D2 (ergocalciférol) et D3 (cholécalciférol) sont les plus actives dans l’organisme. Il existe aussi de nombreux dérivés ; trois d’entre eux, des stéroïdes, jouent un rôle particulièrement important : le 25(OH)D ou calcidiol, le 1,25(OH)2D ou calcitriol et le 24,25(OH)2D. 

La vitamine D d’origine alimentaire est absorbée avec des graisses dans l’intestin grêle ; elle rejoint ensuite la circulation générale. La vitamine D formée par exposition de l’épiderme aux rayons du soleil passe directement dans le sang. Dans le foie, la vitamine D2 et la vitamine D3 sont converties en 25-hydroxy-vitamine D, la principale forme circulante de la vitamine D. La conversion dans sa forme active, la 1,25-dihydroxy-vitamine D, se produit dans les reins. 

Dans les suppléments nutritionnels, on trouve la vitamine D sous les deux formes D2 et D3. La vitamine D2 semble n’avoir que 20 à 40 % de l’efficacité de la vitamine D3 à maintenir les concentrations sériques de 25-hydroxy-vitamine D parce qu’elle est plus rapidement dégradée dans l’organisme. 

Vitamine D3 et santé osseuse 

L’un des effets bénéfiques de la vitamine D3 le mieux connu et établi depuis longtemps est sa capacité à améliorer la santé du système des muscles squelettiques et des os. Un de ses principaux rôles biologiques est de maintenir des niveaux sanguins normaux de calcium et de phosphore. En favorisant l’absorption du calcium, la vitamine D aide à former et entretenir des os solides. Elle travaille également de concert avec un certain nombre d’autres vitamines et minéraux ainsi qu’avec des hormones pour promouvoir la minéralisation osseuse. 

Des déficiences en vitamine D3 sont responsables d’ostéopénie, précipitent et exacerbent l’ostéoporose, provoquent une maladie douloureuse des os connue sous le terme d’ostéomalacie, augmentent la faiblesse des muscles, renforçant ainsi le risque de chutes et de fractures. Une insuffisance en vitamine D3 peut altérer le mécanisme de régulation de l’hormone parathyroïde et causer une hyperparathyroïdie secondaire, augmentant le risque d’ostéoporose et de fracture. Dans un article de revue portant sur des femmes souffrant d’ostéoporose hospitalisées pour une fracture de la hanche, 50 % d’entre elles avaient des signes de déficience en vitamine D.

Une protection contre le cancer 

C’est dans les années 1940 qu’un chercheur a noté pour la première fois une connexion entre la vitamine D3 et la prévention du cancer. Il s’était aperçu que des individus vivant sous des latitudes ensoleillées avaient un taux plus faible de mort par cancer. Il a suggéré que l’exposition au soleil pourrait fournir une relative immunité contre le cancer. Au cours de ces 60 dernières années, des chercheurs ont observé une association inversée entre l’exposition au soleil et la mortalité par cancer. Un grand nombre d’études a également suggéré que des déficiences en vitamine D3 étaient associées à un risque accru de développer différents cancers, y compris des cancers du sein, des ovaires, de la prostate ou du côlon.

Réduire le risque de cancer du côlon

et de cancer du sein 

La relation inversée entre de faibles niveaux sanguins de vitamine D et un plus faible risque de cancer est mieux documentée pour les cancers colorectaux. L’aspect protecteur de la vitamine D est apparu dans une étude portant sur 3 000 adultes (96 % d’hommes) qui ont subi une coloscopie entre 1994 et 1997 à la recherche de lésion ou de polypes dans le côlon. Une lésion néoplasique avancée a été trouvée chez 10 % d’entre eux. Le risque de lésion cancéreuse avancée était beaucoup plus faible parmi les sujets consommant le plus de vitamine D. 

Des chercheurs ont divisé chirurgicalement des polypes adénomateux (potentiellement précancéreux) de 19 patients, en retirant environ 50 %. Ils ont marqué les restes de polypes dans les intestins pour qu’ils puissent être identifiés ultérieurement et ont étudié la prolifération cellulaire dans les tissus des polypes avant et six mois après un traitement avec 400 UI de vitamine D3 et du carbonate de calcium (1 500 mg trois fois par jour) ou un placebo. La prolifération cellulaire et d’autres signes de modifications cancéreuses ont été nettement réduits chez les patients traités alors qu’aucun changement n’était observé chez les sujets sous placebo. 

Dans une autre étude, des chercheurs ont étudié 1 179 femmes ménopausées en bonne santé (toutes âgées de 55 ans ou plus, sans cancer connu depuis au moins dix ans avant d’entrer dans l’étude) qui ont pris des quantités importantes de vitamine D3 et de calcium. Elles ont été réparties de façon aléatoire pour prendre quotidiennement 1 400 à 1 500 mg de calcium, 1 400 ou 1 500 mg de calcium et 1 000 UI de vitamine D3 ou un placebo. Pendant les quatre années que l’étude a duré, les femmes du groupe calcium/vitamine D3 ont vu leur risque de cancer réduit de 60 % par rapport aux femmes des autres groupes. Comme il existait un risque que certaines femmes aient pu avoir au début de l’étude un cancer non diagnostiqué, les chercheurs ont enlevé les résultats de la première année et ont ensuite analysé ceux des trois dernières de l’essai. Ces trois dernières années ont montré des résultats encore plus marqués avec une réduction de 77 % du risque de cancer dans le groupe prenant du calcium et de la vitamine D3. 

2 000 UI quotidiennes de vitamine D3 

Deux méta-analyses combinant les données de multiples rapports ont montré que la vitamine D pourrait aider à prévenir la moitié des cas de cancer du sein et deux tiers de ceux du côlon aux États-Unis. La première, concernant le cancer du sein, a indiqué que les individus avec les concentrations sanguines les plus élevées de 25-hydroxy-vitamine D, ou 25(OH)D, avaient le plus faible risque de cancer du sein. Les chercheurs ont divisé les comptes rendus des individus dans les deux études en cinq groupes égaux, de la plus faible concentration de 25(OH)D (moins de 13 nanogrammes par millilitre, 13 ng/ml) à la plus élevée (approximativement 52 ng/ml). Les données incluaient également le fait que le sujet ait ou non développé un cancer. Cedric Garland, coauteur de ces études, a déclaré : « Les données étaient très claires et montraient que les personnes du groupe ayant les plus faibles concentrations sanguines de vitamine D avaient les taux les plus élevés de cancer du sein et que ces taux chutaient lorsque les niveaux sanguins de 25(OH)D augmentaient. Les concentrations sériques associées à une réduction de 50 % du risque pourraient être maintenues par la prise quotidienne de 2 000 UI de vitamine D3 associée, lorsque le temps le permet, à 10 à 15 minutes d’exposition au soleil. » 

L’étude sur le cancer colorectal est une méta-analyse de cinq études qui exploraient l’association entre des concentrations sanguines de 25(OH)D et le risque de cancer du côlon. Toutes ces études ont collecté des échantillons sanguins sur des volontaires en bonne santé pour mesurer la concentration en 25(OH)D. Les sujets ont ensuite été suivis pendant 25 ans pour voir s’ils développaient ou non un cancer colorectal. Comme dans l’étude précédente, les données concernant un total de 1 448 individus ont été triées en fonction des concentrations sériques de 25(OH)D et ensuite divisées en cinq groupes allant de la plus faible à la plus élevée. 

Edward D. Gorham, l’un des coauteurs de l’étude, a commenté les résultats : « Cette méta-analyse a montré qu’élever les concentrations sériques de 25(OH)D jusqu’à 34 ng/ml réduirait de moitié l’incidence du cancer colorectal. Nous prévoyons une réduction des deux tiers de l’incidence avec des concentrations sériques de 46 ng/ml qui correspondraient à la prise quotidienne de 2 000 UI de vitamine D3. La meilleure façon de les obtenir serait d’associer l’alimentation, des suppléments nutritionnels et 10 à 15 minutes d’exposition quotidienne au soleil. » 

Ces deux méta-analyses ont été réalisées par Cedric F. Garland, spécialiste de la prévention du cancer, et ses collègues du Moores Cancer Center de l’université de Californie à San Diego. Ils ont ensuite combiné des données tirées de différentes études réalisées dans 15 pays entre 1966 et 2004 sur les niveaux sériques de vitamine D pendant l’hiver. Le niveau d’ensoleillement et la couverture nuageuse ont été mesurés par satellite dans ces 15 pays. Puis ils ont appliqué ces données à 177 pays pour évaluer les concentrations sanguines moyennes de métabolite de vitamine D de leurs habitants. Ils estiment que 250 000 cas de cancer du côlon et 350 000 cas de cancer du sein pourraient être prévenus chaque année dans le monde en augmentant la consommation de vitamine D3, particulièrement dans les pays au nord de l’équateur8. Les deux études précédentes ont montré un effet protecteur commençant à des concentrations sériques allant de 24 à 32 ng/ml de 25(OH)D. 

Une action protectrice de la prostate

De récents essais cliniques suggèrent que la vitamine D et ses analogues pourraient représenter des traitements importants du cancer de la prostate. Des données expérimentales indiquent que la forme active de la vitamine D favorise la différenciation cellulaire tout en inhibant la prolifération, l’envahissement et les métastases des cellules de cancer de la prostate. Des scientifiques ont regardé les liens existant entre l’exposition au soleil et le cancer de la prostate. Ils ont comparé 450 hommes avec un cancer avancé de la prostate avec 450 sujets sans cancer. Ils ont constaté que les sujets ayant le niveau le plus élevé d’exposition au soleil avaient un risque de cancer de la prostate 50 % moins important que ceux ayant un faible niveau d’exposition. Ils pensent que l’exposition au soleil protège les hommes du cancer de la prostate en promouvant la synthèse de la vitamine D. Compte tenu des liens existant entre l’exposition au soleil et certains cancers de la peau, ils estiment qu’il serait cependant préférable d’augmenter l’apport en vitamine D par des suppléments nutritionnels et l’alimentation. 

Une autre étude a montré que la vitamine D pourrait avoir un rôle thérapeutique dans le cas d’un cancer de la prostate. Seize hommes ayant été au préalable traités pour un cancer de la prostate ont été supplémentés avec 2 000 UI quotidiennes de vitamine D. Les investigateurs ont ensuite surveillé pendant deux ans leurs niveaux d’antigène spécifique de la prostate (PSA, un marqueur de la récurrence ou de la progression du cancer de la prostate). Chez neuf patients, les niveaux de PSA ont diminué ou sont restés stables une fois la supplémentation en vitamine D commencée. Chez les patients dont les niveaux continuaient d’augmenter, la supplémentation a ralenti de façon significative de 75 % leur doublement. (Le taux auquel augmente ou double la PSA est corrélé avec le pronostic de la maladie : plus longue est la durée de doublement, meilleurs sont les résultats.) Ces résultats indiquent que la vitamine D pourrait aider à prévenir ou à ralentir la récurrence ou la progression de la maladie chez des patients ayant été traités pour un cancer de la prostate. 

Des déficiences perturbent l’immunité

Des chercheurs ont associé différents aspects de la santé immunitaire à des déficiences en vitamine D3. Cette dernière régule les lymphocytes T qui sont importants pour le bon fonctionnement d’un système immunitaire solide. La vitamine D3 agit comme un modulateur du système immunitaire, prévenant l’expression excessive des cytokines inflammatoires et augmentant l’efficacité destructrice des macrophages. De plus, elle stimule fortement l’expression de puissants peptides antimicrobiens qui existent dans des cellules du système immunitaire, comme les neutrophiles, les monocytes, les cellules naturelles tueuses et les cellules tapissant le système respiratoire. Ces peptides stimulés par la vitamine D3 jouent un rôle majeur dans la protection des poumons contre les infections. Par ailleurs, des déficiences en vitamine D3 influent sur le développement et la progression de différentes maladies auto-immunes. 

Un article scientifique récent présentait des preuves convaincantes que des infections saisonnières, comme la grippe, pourraient en réalité résulter d’une diminution des concentrations en vitamine D pendant la période hivernale et non d’une augmentation de l’activité virale comme on le pense traditionnellement depuis fort longtemps. Des récepteurs de vitamine D sont présents sur de nombreuses cellules du système immunitaire responsables de la destruction des virus et des bactéries. La vitamine D, qui est moins disponible en hiver à partir de l’environnement, semble indispensable à une activation correcte de ces cellules. 

Bénéfique en cas d’insuffisance cardiaque

L’insuffisance cardiaque, ou incapacité du cœur à pomper suffisamment de sang pour répondre aux besoins de l’organisme, est une cause majeure de décès dans les pays industrialisés. Les scientifiques pensent que des niveaux élevés de cytokines pro-inflammatoires circulantes pourraient contribuer à l’insuffisance cardiaque et que la vitamine D pourrait apporter une protection bénéfique en étouffant ces médiateurs inflammatoires. 

Dans un essai en double aveugle, 123 patients avec une insuffisance cardiaque congestive ont reçu quotidiennement de façon aléatoire 2 000 UI de vitamine D et 500 mg de calcium ou un placebo et 500 mg de calcium pendant 9 mois. Les patients supplémentés ont vu augmenter de façon importante leurs niveaux de cytokine anti-inflammatoire interleukine 10 et diminuer ceux de la cytokine pro-inflammatoire facteur nécrosant des tumeurs. Les scientifiques pensent qu’en diminuant l’environnement inflammatoire des patients ayant une insuffisance cardiaque congestive, la vitamine D constitue un traitement prometteur. 

Aiderait à prévenir le diabète

La vitamine D diminuerait la prédisposition au diabète de type II en ralentissant la perte de sensibilité à l’insuline chez les sujets présentant des signes annonciateurs de cette maladie. Des chercheurs ont étudié 314 adultes sans diabète auxquels ils ont donné quotidiennement pendant trois ans 700 UI de vitamine D et 500 mg de calcium. Parmi ceux qui avaient des niveaux légèrement élevés de glycémie à jeun au début de l’étude, la supplémentation a ralenti son élévation et freiné l’augmentation de l’insulinorésistance par rapport aux sujets témoins. Les chercheurs en ont tiré la conclusion que supplémenter des personnes âgées ayant des niveaux de glycémie perturbés pourrait aider à éviter le syndrome métabolique et le diabète. 

Prévenir les chutes chez les personnes âgées

Chez les personnes âgées, les chutes sont fréquentes et associées à une morbidité et une mortalité significatives. Des travaux suggèrent que la vitamine D pourrait aider à les prévenir. Des études croisées ont en effet montré que des personnes âgées avec des niveaux sériques plus élevés de vitamine D tombaient moins souvent. Une méta-analyse a observé qu’une supplémentation en vitamine D aidait à réduire le risque de chutes de 22 %15. Une étude randomisée contrôlée a montré qu’une supplémentation quotidienne avec 1 200 mg de calcium et 800 UI de vitamine D3 pendant trois mois réduisait de 49 % le risque de chute de personnes âgées en établissement de long séjour.

Sûreté de la vitamine D

La vitamine D est généralement bien tolérée chez les adultes, à des doses quotidiennes pouvant aller jusqu’à 2 000 UI. Plusieurs recherches indiquent qu’elle pourrait même être utilisée sans risque et sans effet secondaire jusqu’à 10 000 UI quotidiennes, alors que les autorités sanitaires ont fixé la dose de sécurité à 1 000 UI/j. C’est le constat établit par une équipe de chercheurs après avoir examiné 21 études et essais cliniques bien conçus réalisés sur l’homme avec des doses bien supérieures à celles recommandées par les autorités sanitaires. En France, l’Agence française de sécurité sanitaire (Afssa) estime qu’il suffit de 200 UI de vitamine D à un adulte pour rester en bonne santé (400 à 600 UI pour les personnes âgées) alors que les scientifiques sont convaincus que les besoins sont proches de 1 000 UI par jour.